juillet 13, 2016 Actualités Pas de commentaire

Dégoût gastronomique!poutine

 

Pourquoi? Mais pourquoi faudrait-il mettre des insectes dans nos assiettes? Rien qu’à y penser, pour certain, c’est un haut le cœur assuré. Une petite chenille croquante entre les dents, ça vous dirait? Yark répondront-ils. Pourtant de plus en plus, ce sont des « pourquoi pas » qu’il m’est donné d’entendre.

Quand j’ai voulu amener mes enfants au Salon Aventure et Plein Air de Montréal, j’ai dû user d’un peu de génie pour les y attirer. J’ai réussi en leur disant qu’ils pourraient goûter à de véritables grillons, entiers. Mes deux garçon se sont tout de suite regardés l’air de dire « Té game, toi? » Déjà, le « deal » était scellé. Aucun dégoût, aucune incertitude. Bouffer des insectes, c’était drôle et captivant comme activité.

Pourquoi est-ce que les adultes s’y rebutent un peu plus, lorsque vient l’idée de s’initier à ce nouvel « art culinaire »? Une partie de la réponse vit dans l’aspect culturel de l’activité.

Dans plusieurs parties du monde, notamment en Asie, en Afrique et en Amérique Latine, l’entomophagie est une pratique intégrée à la culture alimentaire usuelle. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas uniquement quand ils « sont en reste » que les peuples pensent à inclure ce type d’aliment dans leur assiette. Non, c’est vraiment souvent par choix, par goût et par intérêt! Ce n’est donc pas seulement une question de richesse ou de disponibilité des ressources. Manger des insectes, c’est bon, c’est plein de bon sens et c’est tout à fait respectable. C’est dans la culture, les habitudes et même la religion parfois!  Donc, par comparaison, c’est tout aussi naturel pour eux que d’engloutir une poutine ici.

 

La cuisine du monde regorge de plats délicieux, cuisinés à base d’insectes. Les plus consommés sont les scarabées, les chenilles, les abeilles, les gêpes, les fourmis, les sauterelles et les grillons[1]. Que nos arthropodes soient servis en soupe (aux larves), en pâtes (falafels aux vers de farine et aux noix) ou en dessert (macarons aux fraises, balsamique et grillon), ils représentent un véritable festin pour plusieurs amateurs aventuriers. Notez que ce ne sont là que quelques exemples d’aliments qui étaient offerts à l’insectarium, lorsque l’activité « Croque-insectes » battait son plein. L’insectarium, c’est à Montréal, pas en Thaïlande… Et des milliers de visiteurs sont passés par les portes de l’antre pour déguster phasmes et autres coquetteries!

Malgré cette minuscule percée, au Canada, on est un peu plus frileux sur la consommation d’insecte. Ce doit être à cause du climat! Pour plusieurs, c’est une alimentation de dernier recours, de « pauvre », voire de subsistance. On l’associe beaucoup à un geste primitif. Ce sont les hommes des cavernes qui avalaient ça… Et encore! Mais le plus gros obstacle culturel reste associé au dégoût représenté par cette pratique. Manger un grillon, c’est juste dégeulasse. Point à la ligne. On s’imagine avec une patte de sauterelle nous ressortant d’entre les dents… Pourtant, je me demande en quoi est-ce si différent des moules, des huîtres et des calmars?

Quand on y pense, il y a quelques années, manger du poisson cru relevait presque du cannibalisme! C’était hors norme et totalement inacceptable. Aujourd’hui, on fait de très bons sushis même « maison » et la pratique en est toute à fait démocratisée. On a jusque des chefs à domicile pour nous en concocter de toutes les sortes. La curiosité et l’intérêt pour la cuisine internationale auront eu raison de « l’étrangeté » de l’habitude alimentaire Asiatique. Les foodies ont aidé à apprivoisé la « bête d’eau ». Saura-t-on faire la même chose avec les « bibittes de la terre »? En attendant, peut-être qu’une première tentative de désensibilisation serait d’intégrer de la farine de grillons à nos muffins. Vous êtes «game» d’essayer?

 

 


 

[1] Van HUIS, Arnold, et al., «Insectes  comestibles : Perspectives pour la sécurité alimentaire et l’alimentation animale», Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, 2014, 224 pages.

Écrit par Valerie Bilodeau